Nostalgie : Il était une fois… un certain Balékita ‘’Eusebio’’

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*Qui est celui que les journalistes appelaient affectueusement ‘’Zézé’’ et d’où vous vient ce sobriquet?
**Je suis né à Brazzaville le 6 janvier 1948 d’une famille nombreuse: 6 enfants dont quatre, y compris moi-même, ayant joué au football de haut niveau: Balekita-Nzaba ‘’Kargu’’ (Etoile du Congo) l’aîné; Balékita-Massamba (Avenir du rail) et Ferdinand Balékita (Etoile du Congo, puis Diables-Noirs) sont les trois autres garçons. J’ai suivi le traditionnel itinéraire du footballeur congolais: la rue d’abord, le terrain vague ensuite. Pendant mon adolescence, j’ai découvert les secrets du dribble, des feintes. A chaque match j’offrais, me rappelle-t-on souvent, un folklore que précédait une valse-hésitation que les reporters sportifs rythmaient par des ‘’Zézé-Zé’’-‘’Zézé-Zé’’ qu’accompagnaient aussi les gradins. Voilà comment je suis devenu Zézé,  diminutif d’Eusebio, tout simplement. Eusebio fut un grand footballeur portugais d’origine mozambicaine.

*Où aviez-vous véritablement commencé à jouer sérieusement au football?
** Je tapais un peu dans le ballon avec les copains à Poto-Poto, le quartier dont je suis natif. Mais, c’est surtout à Pointe-Noire que le foot a commencé à être une passion pour moi. En 1958, élève à l’école primaire de Tié-Tié, je croisais souvent Minga ‘’Pépé’’ dans la cour de l’école et un certain Eric Malonga, le patron d’Eric Pressing. Ce fut un bon joueur, celui-là! J’étais encore un garçon discret, timide.

*Ça ne s’est pas arrêté qu’à l’école…
**Evidemment. Je me suis affilié ensuite à une équipe de foot-pelote, Botafogo. Lorsque je suis revenu à Brazzaville en 1963, j’ai intégré Fifanéla de Poto-Poto. Pas pour longtemps, car en 1965, admis au concours d’entrée au Collège moderne de Dolisie pour devenir enseignant, j’ai refait mes valises.

*Vous n’avez pas abandonné pour autant le football à Dolisie, n’est-ce pas?
**Effectivement. Là-bas j’ai eu le culot de jouer dans l’AS Tembo, une jeune formation qui tenait tête à l’AC Léopards, l’AS Cheminots et l’AS Papillon.

*Parlez-nous brièvement de vos études?
**Après ma formation, j’ai renoncé finalement à m’engager dans l’enseignement pour m’inscrire plutôt au Lycée Chaminade où j’ai obtenu mon baccalauréat. Le virus du ballon ne m’a pas quitté pour autant. C’est ainsi que j’ai pris une licence au Patronage Sainte-Anne; notre président s’appelait Dos Santos, un ressortissant angolais adepte du beau jeu.

*Vous n’avez pas fait de vieux os dans cette équipe, dit-on.
**C’est vrai. En 1967, j’ai dû quitter Patronage Sainte-Anne pour l’Etoile du Congo. En réalité, je me suis laissé entraîner par  mon frère aîné qui en était l’avant-centre buteur.

*Vous ne l’avez pas regretté apparemment?
**Non, bien au contraire. J’ai connu une ascension fulgurante qui a fait de moi l’un des joueurs les plus populaires du football congolais. J’avais à peine 19 ans quand j’ai signé pour l’Etoile du Congo.

*Qu’est ce qui faisait votre force?
**Sans doute mes qualités techniques et ma force de pénétration on ne peut plus stupéfiante, me rappelle-t-on. Je servais le coéquipier démarqué presque les yeux fermés, tant j’étais adroit à la passe.

*Comme une hirondelle, vous avez été aussi infidèle à l’Etoile du Congo. Quelle en est la raison?
**Je n’ai joué que deux saisons sportives avec l’Etoile du Congo, car en 1969 j’ai été pisté par le Corse Féliciagi, le même qui était à l’origine du transfert de François M’Pelé du Standard à l’AC Ajaccio.

*Et donc vous avez quitté le Congo.
**Non, pas tout de suite, car les dirigeants d’Etoile du Congo s’opposaient à mon départ. J’ai dû tromper leur vigilance en me réinstallant à Pointe-Noire. J’ai disputé plusieurs matchs amicaux sous les couleurs du FC Abeilles de Maurice Ondjolet avant de débarquer, un jour de 1969, à Ajaccio et signer un contrat semi-professionnel pour me permettre de suivre des cours d’électronique. Mes coéquipiers étaient François M’Pelé, bien sûr, Claude Le Roy, Marius Trésor, Dominique Baratelli, notamment.

* Votre adaptation fut facile dans ce milieu?
**Non, pas du tout! J’ai connu des problèmes d’utilisation. L’année suivante, j’ai dû changer de club et signer au SC Toulon où j’ai fait étalage de ma classe pendant deux saisons, de 1970 à 1972.

*Il y a eu, en 1972, la Coupe d’Afrique au Cameroun..?
**Que de beaux souvenirs! Je me rappelle avoir débarqué à Douala dans le même avion que les Camerounais Jean-Pierre Tokoto et Joseph Yegba-Maya; les Maliens Salif Keita et Bakro Touré. Avec M’Pelé, nous sommes restés dans la capitale économique du Cameroun, les quatre autres ont continué sur Yaoundé où était basée leur poule. En se séparant, on s’est souhaité bonne chance et rendez-vous en finale. Nous avons remporté le trophée continental aux dépens du Mali. Tout joueur international africain en rêve. C’est le plus grand souvenir de ma carrière.

*Mais curieusement, vous aviez mis fin à votre contrat à Toulon et êtes rentré définitivement au pays cette année-là.
**C’était pour m’engager dans l’Armée, sur les conseils de Jacques-Yvon Ndolou. J’étais au pays pour les vacances d’été. «Ecoute, Jean, on recrute dans l’armée. T’es pas intéressé? me dit-il. Après avoir fait l’analyse de mon avenir, je me suis décidé à rentrer au bercail.

*Fin de carrière aussi?
**Pas du tout. Je suis redevenu amateur dans l’Inter Club. Pas pour longtemps, car je suis reparti en France à la faveur d’une bourse. J’ai fait la formation militaire préparatoire, l’Ecole de transmission de Montargie, l’Ecole d’application d’infanterie de Montpellier, le Cours d’Etat-major et l’Ecole de guerre de Paris. Pendant mon stage militaire à Montpellier, j’ai signé pour une saison (1974-1975) à Montpellier La Paillade du président Louis Nicollin. Ce qui m’avait empêché de disputer la CAN 1974 en Egypte.

*Vous semblez maintenant vivre quelque peu à l’écart du football congolais?
**Ce n’est pas de mon fait. J’ai raccroché en 1983. Je suis encore en  mesure, ainsi que plusieurs autres anciens, d’apporter quelques conseils si on me sollicite. Malgré tout, je suis heureux comme cela.

*Que pensez-vous de ce football?
**Je ne veux pas jouer les anciens combattants mais, je crois que le niveau actuel des joueurs est moins élevé que de mon temps. Mais d’autres maux minent notre football. L’organisation des clubs et de la Fédération est minable. Les stades d’entraînement? Aucune amélioration. Le foot est difficile à pratiquer sans une bonne organisation, si on n’est pas disponible et animé d’une saine ambition, sans une discipline de vie. En un mot le foot exige beaucoup de sacrifices.

Propos recueillis par Guy-Saturnin MAHOUNGOU

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