L’histoire des Diables rouges en CAN contée

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De 1968 à 2000, plusieurs faits inédits et parfois insolites ont jalonné la participation congolaise aux six éditions de la Coupe d’Afrique des Nations de football. Footballeurs, entraîneurs, dirigeants, supporters, se sont distingués chacun de façon spécifique. D’Asmara à Ziguinchor, voici par liste alphabétique, les grands moments de « Congo Sport » puis des Diables rouges en CAN.

A comme Asmara

La ville éthiopienne aujourd’hui Erythréenne a abrité les matchs du groupe B de la 6e Coupe d’Afrique des Nations (la première congolaise). En trois sorties, le Congo a enregistré trois défaites « Sur les cendres de l’équipe d’Asmara, nous bâtirons quelque chose de nouveau» avaient dit les autorités d’alors. Quatre ans plus tard, ce fut le sacre à Yaoundé.

B comme Buteurs, ballon d’or, bombardier.

Voilà résumé la carrière footballistique de Paul « Sayal » Moukila, ballon d’or africain en 1974 (le seul ballon d’or congolais à ce jour). Né le 6 juin  1950 à Souanké dans la Sangha et décédé le 24 mai 1972, ce véloce attaquant, renard des surfaces et organisateur clairvoyant qui a inscrit 2 buts en trois participations en CAN a fait les beaux jours de l’As Bantous, d’Inter club, de Cara, Fontainebleau en France….

C comme Clubs

Il ne peut y avoir de grande équipe nationale sans grands clubs. Diables noirs, Cara, Étoile du Congo, Patronage, Inter club,  As Bantous, Kotoko de Mfoa, As Cheminots, As V.Club, Munisport,  La Mancha, Abeilles, Ac Léopards, Suco sport ont donné à la sélection nationale des grands joueurs qui ont défendu valablement les couleurs nationales. Le déclin du football congolais est venu quand ces clubs ont commencé à battre de l’aile dans les années 1980.

D  comme Dirigeants.

De nombreux dirigeants ont fait la gloire du football. Mais le plus illustre d’entre eux demeure  Gilbert –Thomas Manckoundia,  président de la fédération congolaise de football en 1972, qui a amené le Congo à la victoire finale à Yaoundé. Ce fin psychologue, savait motiver les joueurs par son langage galvaniseur. Il s’est illustré chez les Diables noirs dans les années 1960 avant de créer l’As Bantous et reprendre du service aux Diables noirs en 1980.  Décédé le 15 juillet 2000, il reçut au Palais des Congrès de Brazzaville les honneurs de la nation à titre posthume.

E comme Ewolo

Oscar Ewolo a raté de peu de rentrer dans la légende du football congolais. S’il n’a pas pris sa retraite internationale en 2013 après l’élimination du Congo en coupe du monde, il devait être le seul joueur congolais présent à la CAN 2000 encore dans l’effectif national. L’emblématique capitaine congolais de 2002 à 2013 a brillé de mille feux dans l’entrejeu congolais et a toujours répondu présent à l’appel de la nation.

F comme Famille

Les Diables rouges, c’est aussi une histoire de famille. Après les frères Massengo, Boniface et Clément dans les années 1960, les frères Mayanda, Hervé et Emmanuel dans les années 1970, les frères Bakékolo, Pépin et Fréderic qui ont marqué les années 1980.  De nombreux  pères footballeurs ont transmis le témoin en équipe nationale à leur fils. Henri Endzanga à Willy Endzanga,  Michel Ongagna « Excellent » à Papy Ongagna,  Maurice Odjola à son fils  Jules Ondjola et Gabriel Dengaky à son fils Dengaky.

G comme gardien de buts

Matsima a brillé par sa longévité au sein de l’équipe nationale  de 1968  à 1980. Les années 1990, ont été marquées par le règne sans partage de Brice Samba dans les perches congolaises de 1991 à 2002. Samba Brice qui a fait les beaux jours de Kotoko de Mfoa, Diables noirs et Africa Sports d’Abidjan a beaucoup de mérites puisqu’il a mis fin à une longue période d’instabilité et de contre performances des gardiens de buts congolais : Sambani, Kalana, Tchicaya-Bilala, Ossebi, Nkounkou « Mapro », Michel Bianguet, Ngoya, Bantsimba Joël, Mbonza, Bassouamina, Ngoya…

H comme honneurs

Les héros de Yaoundé 72 ont reçu les honneurs dus à leur exploit. Quand le 7 mars 1972, l’Antonov 24 de la compagnie nationale Lina Congo qui les ramenait de Yaoundé a atterri à l’aéroport international Maya Maya, les officiels et la sécurité furent débordés. Une partie du toît a même cédé sous le poids de la masse humaine. Juchés dans une grosse Mercedes, les joueurs ont fait le tour de la ville. Le retour triomphal a inspiré beaucoup de musiciens qui ont chanté des hymnes à leurs gloires (les Bantous de la capitale, mais aussi le peuple avec Kosmos Mountouari. Un disque 33 tours produit par l’ORTF, Afrique inter et commenté par les journalistes français Pascal  Bruno et Jean Claude Weiss, a immortalisé à jamais la 8e coupe d’Afrique des Nations.

 I  comme Imbattables

Jean Jacques Ndomba « Géomètre » a battu des records qui resteront certainement dans les annales pour toujours. Il a participé à sa première Coupe d’Afrique des Nations en 1974 à l’âge de 20 ans en inscrivant 2 buts lors de cette compétition. En 1992, il dispute sa troisième CAN au Sénégal à l’âge de 38 ans. Il est l’auteur de la passe décisive qui amène l’égalisation de Tchibota- Nzaou en quart de finale contre le Ghana. L’ex-joueur de l’Etoile du Congo, des Diables noirs, de Marseille, du Puy, de Lyon, de Niort, de Poissy, qui a élu domicile depuis un certain temps à Pointe-Noire peut dormir sur ses deux oreilles vont durer une éternité.

J comme Jeunes

De nombreux jeunes ont fait la pluie et le beau temps des Diables rouges en CAN. Samba Brice (20 ans) en 1992, Dengaky (21ans en 1972), Sylvain Mounkassa, Ngakosso « Tout bouge »… De l’équipe prometteuse, qui gagna la CAN junior en 2007, seuls  Delvin Ndinga et  Fabrice Ondama Nguessi ont pu  surnagé. Le public sportif congolais va longtemps regretter la mort en 1973 de Noel Bihani « Sivori » encore appelé « Mwana 15 ans », jeune joueur international espoir de l’As Bantous fauché à fleur de l’âge. Son décès va provoquer une vague d’émotions et de pleurs dans tout le pays.

K comme Jean Louis Kokolo « Kopa ».

Cet ex avant-centre de l’As Cheminots (meilleur buteur de son équipe et du championnat du Kouilou avec 21 Buts en une seule saison. Il a réussi la sacrée performance de devenir aussi un grand arbitre international. Il a défendu valablement le sifflet congolais aux côtés de Simon Bantsimba (présent en CAN 1986), Denis Obambet, Hugues Opango, Omer Yengo ou Joseph Blanchard Angaud…

L comme légion étrangère

Jusqu’en 1984, la CAF n’autorisait lors des phases finales de la CAN que deux joueurs professionnels sur la liste des 22 joueurs retenus. Ainsi, de 1968 à 1978, le Congo a pu compter que sur François Mpelé (Ajaccio), Jean-Bertrand Balékita (Toulon). En 1992 (Mouyabi, Ndomba, Jean-Michel Mbemba, Malonga Babillas, Makita, Ngapy…) et 2000 (Samba, Ntounou, Ewolo, Opponga, Younga–Mouhani,  Jules Tchimbakala, Embingou…) ont figuré dans la liste des 22.

M comme « Marie Jeanne »

La célèbre chanson composée par  le musicien Samba Arthur Nona immortalise Yaoundé. La coupe glanée au Cameroun a été baptisée « Marie Jeanne » au Congo et dont les refrains servent toujours de génériques et de jingles dans la plupart des émissions sportives radiodiffusées au Congo.

N comme Ndzabana

Né le 11 décembre 1944, Germain Ndzabana Jadot «  Maréchal » ou « Nivaquine » est sans conteste l’un des n° 10 les plus doués de sa génération. Dribble déroutant, coup de rein irrésistible, démarrage foudroyant, le joueur de Diables noirs faisait tourner en dérision tous ses adversaires qui usaient en vain de tous les moyens pour l’arrêter. « Jadot « décède précocement le 12 Août 1974 à Brazzaville à l’âge de 29 ans.  Un décès inopiné qui va plonger tout le pays dans la consternation. Enterré au cimetière de Kinsoundi, sa sépulture sera longtemps un lieu de prière et de vénération pour ses fans qui régulièrement laissaient des pièces de monnaie et des billets de banque en hommage à leur idole qui les a fait tant rêver.

O comme Papa « Odin »

Le stéphanois Pierre Odin dit Papa Odin est à la base du décollage du football congolais. Passionné de football et grand ami de la jeunesse, il met en place à la Coupole une véritable équipe représentative de l’Afrique équatoriale française (AEF) sous l’appellation de la sélection de Brazzaville en 1955. À la faveur de la Coupe de Noel qui a eu lieu entre Brazzaville et Kinshasa, il crée Lorraine de Poto-Poto et bien d’autres équipes après.

P comme Presse

De nombreux journalistes ont accompagné l’équipe nationale de football dans ses déboires et sa gloire. Joseph Gabio, Germain Bisset, Robert-Steph Malonga, Sylvain Bemba, Claude Bivoua,  Jean Gilbert Foutou, Henri Pangui,  Fulbert Kimina-Makumbu, Josep Pambou, Youlou Bakith,  Antoine Mayouma- Mbaloula, Florent Gamondzo, Lucien-Parfait Léonard Ndzoungou, Georges Eboué sans oublier les photographes Makabus, Kina, Justin BB, Kinouani,   Kouamy…

Q comme Quart de finale.

C’est le meilleur résultat obtenu par les Diables rouges lors de leur deux dernières CAN.  En 1992, le Congo est éliminé en ¼ de finale par le Ghana sur le score de 1 but à 2. Huit ans plus tard au Nigeria, le Congo  est sorti au premier tour avec deux défaites et un match nul.

R comme Révolution

Appelé Stade omnisports de Brazzaville à son inauguration, stade de la Révolution après et Stade Alphonse Massamba-Débat aujourd’hui, cet arène cinquantenaire a été le théâtre de nombreux matches, de sacrées derbys. Il a révélé plusieurs joueurs mais a été aussi le cimetière de plusieurs joueurs qui ont eu du mal à contenir la pression bouillonnante de ce complexe à la fois faiseur de vedettes et tombeur des  sportifs.

 S comme Supporters

12e joueur ou Dieux des gradins, le Congo a connu ses supporters à la passion débordante mouillant le maillot pour leur club favori et pour l’équipe nationale en compétitions officielles. Massalou Olivier « Ambassadeur » (décédé en 2012),  Patrice Samba « Kwakara des gradins » (décédé le 9 janvier 1998),  Louzolo-Mbemba Alain « Alino »,  tous de Diables noirs, Missamou « Ascaris » de Cara, Mouniame « Seul contre tous » d’Inter club. De la voix, des facéties et pitreries, ils savaient galvaniser le public dans les gradins en y mettant de l’ambiance et de l’animation.

T comme Tirage au sort

À égalité de points et de buts avec le Maroc, dans le groupe B à Douala lors de la 8e Coupe d’Afrique des Nations de football, le sort du Congo s’est joué à l’issu d’un tirage au sort. À 2 heures du matin, une main féminine innocente va choisir  une boîte entre deux boîtes identiques contenant deux bouts de papier : Maroc et Congo. C’est finalement le Congo qui a été tiré au hasard. L’histoire n’a jamais dit si le sort a basculé du côté du Congo et de Jean-Claude Ganga, secrétaire général du Conseil supérieur du Sport en Afrique à l’époque.

U comme Union sacrée

Une véritable communion autour des Diables rouges est organisée quand le Congo est engagé en CAN. Du Nord au Sud, de l’Est à l’ouest, tous les Congolais à l’unisson se mobilisent pour leur équipe nationale. Quête de soutien par ici, messages d’encouragements par là, promesses de primes de victoire…Tous les moyens sont utilisés pour donner toutes les chances aux ambassadeurs.

V comme Valse

De 1968 à 2014, le staff technique n’a jamais travaillé pour des résultats à long terme d’où l’éviction incessante et récurrente  des entraîneurs et de leur staff. La valse des entraineurs n’a jamais été profitable au football. Voici, les différents entraîneurs qui ont à un moment de leur carrière dirigé l’équipe nationale. Les nationaux : Paul Ebondzibato, Adolplhe Bibanzoulou « Amoyen », Robert Ndoudi « Piantoni »,  Maurice Ondzola,  Paul Augustin Lagany, Gilbert Kaya «  Vautour », Léonard Mayanith, Alain Ngouinda,  Noel Minga, Gaston Tsiangana, Benoit Nkokolo, Jean-Marie Madienguila « Madis », Camille Ngakosso, David Memy. Les étrangers : Zoran Ristic,  Claude Andrey, Christian Letard, Noel Tosi, Ivica Todorov, Robert Corfou,  Jean Guy Wallemme, Kamel Djabour,

W comme Wamba

Après ses débuts dans l’As Bantous, c’est dans Diables noirs que Joseph Wamba dit « Lajosé » va révéler au grand public. L’ailier gauche des Diables noirs va être la coqueluche des défenses par son dribble court et imprévisible. Fantasque et souvent brouillon, il lui arrivait parfois d’oublier l’essentiel pour un attaquant c’est-à-dire marquer des buts. Plusieurs fois sélectionné en équipe nationale,  « Ecriture » pour les intimes était un amuseur de galerie et un faiseur de spectacles, une denrée rare dans le football d’aujourd’hui.

X comme Inconnu

Dans l’effectif du Congo qui va disputer la 30e CAN au Sénégal, personne n’a jamais été en phase finale d’une CAN. Tous les joueurs congolais partent dans l’inconnu sauf Claude Leroy, leur entraîneur, un habitué des CAN avec ses sélections précédentes (Cameroun,  Sénégal,  RDC, Ghana…) et Jean Michel Mbono, président de la fédération congolaise de football (présent comme footballeur en 1968, 1972, 1974). Bien malin qui pourra dire comment le Congo va se comporter en CAN.

Y comme Younga

Macchambes Younga Mougani, le célèbre attaquant des diables Noirs avait les qualités et le potentiel pour devenir le leader de la jeune génération montante des joueurs congolais dans les années 2000. Après des débuts à l’Ajax de Mfilou, l’attaquant buteur intègre les Diables avant d’émigrer en Allemagne notamment au GFC Duren, à Mönchengladbach, au Fortuna Cologne, à Fortuna Düsseldorf, à Burghaussen, à Rot-Weissen Essen, à Union  Berlin. Il sera présent à la CAN 2000 à la pointe de l’attaque mais trop esseulé il ne put produire le rendement escompté.

Z comme Ziguinchor

La ville de la Casamance au Sénégal va regrouper pendant la CAN 1992, les matches du groupe C (Congo, Côte d’Ivoire, Algérie). Pierre Tchibota-Nzaou «  Mavis » auteur du but égalisateur contre l’Algérie va se révéler à ce sujet avant d’inscrire un 2e but à Dakar en ¼ de finale contre le Ghana. Héros des deux seuls buts du Congo en CAN 2000, le joueur de l’As Cheminots sera ensuite surnommé « Ziguinchor », ville où le Congo  a inscrit son avant dernier en CAN (le dernier a été inscrit à Dakar)

Hervé Brice Mampouya

Légendes et crédits photo :

Photo Adiac: Le gardien Samba Brice

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