INTERVIEW DE PIERRE LECHANTRE EN FÉVRIER 2016

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Actuellement en France, où il a programmé des rencontres avec les Diables rouges, Pierre Lechantre a accordé une interview aux Dépêches de Brazzaville. Franc et direct, le sélectionneur national y présente son staff technique, son calendrier de préparation pour les deux matchs face à la Zambie. Et envoie un message limpide aux binationaux qui hésitent à rejoindre les Diables rouges.

Les Dépêches de Brazzaville : Monsieur Lechantre, quelle est la date de votre retour à Brazzaville ?

Pierre Lechantre : Je repars à Brazzaville le 10 février, après plusieurs jours de travail à Paris. J’étais au match du Paris FC hier soir (Ndlr : Paris-Clermont lundi soir), j’irai rencontrer les Rémois jeudi et j’ai aussi rendez-vous avec les Angevins et le Lavallois Malonga.

LDB : Il s’agit là principalement de joueurs qui évoluent déjà en sélection. Qu’en est-il des binationaux qui ne portent pas encore le maillot des Diables rouges ?

P.L : J’ai déjà rencontré Dylan Bahamboula car son profil est intéressant. Pour être honnête, il n’a pas eu la réaction que je souhaitais, c’est-à-dire de me dire : « Oui, je rêve d’être sélectionné ». Sa réponse a été : « Pour l’instant, je ne sais pas trop, je vais voir avec mes parents ». Bon, je prends acte. J’ai été le voir hier contre Clermont, à un poste d’attaquant qui n’est pas vraiment le sien. Il ne m’a pas vraiment impressionné, mais je n’oublie pas que c’est un jeune joueur.

LDB : Quelle attitude adopter face aux joueurs qui hésitent ?

P.L : Ce qui est important, c’est d’avoir des joueurs motivés à l’idée de porter le maillot du Congo. On peut comprendre qu’un joueur binational soit tiraillé entre le pays de ses parents et celui où il est né et a grandi. Mais, il ne faut pas que cela s’éternise. Je peux laisser un peu de temps de réflexion, mais à un moment il faut trancher. Je ne veux pas me retrouver avec des joueurs convoqués qui ne viennent pas aux rassemblements, car c’est une perte de temps.

LDB : Lors de vos échanges d’informations avec la Fédération et votre staff technique, vous avez dû entendre parler des cas Jules Iloki et Brice Samba junior…

P.L : Oui. Pour Jules Iloki, j’ai eu de bons échos du FC Nantes où j’ai beaucoup de relais. Il a aussi un profil intéressant, mais doit déjà s’imposer dans son club, où il ne joue pas encore à chaque match. Pour le gardien de Nancy, je crois que c’est un problème auquel Claude Le Roy a déjà été confronté. Jusqu’à présent, il a dit non. Je vais peut-être lui redemander une ou deux fois et si c’est négatif, on tournera la page. Et on fera avec les bons gardiens qui sont en place.

LDB : En parlant de gardien, Christoffer Mafoumbi sort d’une année particulière durant laquelle il n’a joué qu’en sélection. Il a désormais un club et devrait avoir du temps de jeu et remplir les critères de sélection. Pour vous, y-a-t-il un dossier Mafoumbi ?

P.L : Pour moi, il n’y a pas de dossier Mafoumbi. Par contre, il y a peut-être une nécessité de le remettre plus ou moins en concurrence avec le gardien de l’AC Léopards, Barel Mouko. Je dois discuter avec ce dernier lors du stage des locaux. Il a certes un âge un peu avancé, mais il m’a fait une grosse impression contre l’Inter Club.

LDB : Lors de votre conférence d’intronisation, vous avez ciblé la principale faiblesse des Diables rouges ; la défense. Avez-vous des idées pour y remédier ?

P.L : Des idées, on en a toujours lorsque l’on est entraîneur. Après, il faut parvenir à concilier l’équipe en place à ses idées. C’est mon souci, car le calendrier est très, très serré : nous récupérerons les joueurs le 20 mars et on joue en Zambie le 23. Je n’ai pas de baguette magique, je ne vais pas tout changer en trois jours. Donc il va falloir discuter avec les joueurs pour voir ce qui peut être amélioré le plus simplement et efficacement possible avant ces deux matchs capitaux.

LDB : L’année 2016 est en effet un marathon, avec les éliminatoires de la CAN 2017 suivis de ceux du Mondial 2018 et une seule date Fifa amicale, le 15 août. Comment gérer ce paramètre ?

P.L : C’est un problème que tous les sélectionneurs doivent gérer. Dans notre cas, il faut se concentrer sur le mois de mars, qui déterminera la suite de notre parcours : avec ces deux matchs, on peut ouvrir en grand la porte de la CAN 2017…ou alors la fermer. Donc, je vais m’appuyer sur une organisation qui a porté ses fruits face à la Guinée Bissau, tout en l’améliorant, avec quelques joueurs locaux par exemple.

LDB : Avez-vous suivi le mercato des Diables rouges : Bifouma à Reims, Delarge et Litsingi en Turquie, Malonga en Italie ? Quel est votre ressenti ?

P.L : Je suis satisfait pour Thievy Bifouma, qui ne jouait pas beaucoup à Grenade. Pour être efficace, un attaquant doit jouer régulièrement, c’est donc un soulagement pour lui et la sélection. Pour les autres, je suis désolé, mais je ne suis pas encore au fait de tous les profils. Après le stage des locaux, je reviendrai en Europe pour un travail de supervision et d’ici-là, j’aurai pu me pencher sur les bases de données.

LDB : Le ministère des sports a mis en place une cellule de détection et de supervision en Europe, qui est à l’origine de la venue de plusieurs joueurs comme Bifouma ou Dominique Malonga.

Etes-vous rentré en contact avec ses membres (Ndlr : Salomon Bambendzé et Fortuné Tabouna) ?

P.L : Pas encore, mais je vais le faire rapidement. Après, je suis un entraîneur qui croit ce qu’il voit, donc je dois superviser personnellement un joueur pour l’appeler. Mais bien entendu, les informations et facilitations seront les bienvenues.

LDB : Quel sera votre programme de supervision lors de votre retour fin février ?

P.L : Le calendrier sera chargé avec des matchs en France, Belgique et Angleterre. Nous irons avec Isaac N’Gata tandis que mon préparateur physique, qui est un ancien international en équipes de jeunes de la Tunisie, se rendra au Maroc. J’apprécie que la Fédération congolaise me donne toute latitude pour le faire, car tous les sélectionneurs n’ont pas forcément l’occasion de le faire.

LDB : Quelle est la composition de votre staff ?

P.L : Je travaille d’ores et déjà en étroite relation avec mon adjoint, Isaac N’Gata, qui était déjà dans le staff de Claude Le Roy. J’ai également fait venir le préparateur physique tunisien avec lequel je travaille depuis plusieurs années, Aymen Hbibi. Il sera là dès le 10 février pour faire le point sur l’état physique des joueurs sélectionnés. Ensuite, il y a l’entraîneur des gardiens, dont j’ai oublié le nom, je le confesse (ndlr : Mahoungou Ngot).

LDB : Vous avez été DTN au Cameroun : la formation ou post-formation des techniciens congolais fait-elle partie de vos prérogatives au Congo ?

P.L : C’est mon souhait, oui. La priorité est évidemment d’avoir des résultats avec l’équipe fanion, mais j’aimerais également pouvoir apporter mon expérience et mon savoir-faire sur la formation et la détection. Lors de précédentes interviews, j’ai émis le souhait que l’on profite des infrastructures et des centres de formations en place à Brazzaville pour jeter les bases d’un travail de fond sur les 15, 17 et 19 ans. Le Congo se doit de participer régulièrement aux compétitions de jeunes pour préparer les générations suivantes.

LDB : Vos prérogatives contractuelles se limitent-elles à l’équipe A ou vous serez amené à travailler sur les autres équipes nationales ?

P.L : En tant qu’entraîneur de l’équipe première, je vais être amené à voir ce qui se fait dans les autres équipes. Je souhaite que cela se fasse en bonne entente avec les techniciens en place. Lorsque les matchs de mars seront passés, je proposerai un plan de travail à moyen et long termes pour exploiter les talents locaux.

LDB : Pour finir, la durée de votre contrat varie selon les sources : 24, 28 ou 30 mois. Qu’en est-il exactement ?

P.L : J’ai signé un contrat de 30 mois, c’est-à-dire jusqu’à la Coupe du monde 2018.

Propos recueillis par Camille Delourme

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