Football : la page Claude Le Roy se tourne sur un bilan mitigé

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A l’issue d’une double confrontation victorieuse face à l’Ethiopie, Claude Le Roy a été remercié par le Congo : son contrat de deux ans, qui prend fin ce samedi 5 décembre, ne sera pas reconduit. Alors que s’ouvre le dossier de sa succession, voici le bilan de son passage à la tête des Diables rouges.

C’est sur un ultime pied de nez que Claude Le Roy aura quitté le Congo : alors que le ministre d’Etat,directeur du cabinet du chef de l’Etat Firmin Ayessa venait de lui annoncer, devant le staff et les joueurs, que son contrat ne serait pas reconduit, le technicien français s’empressait de déclarer à tous ses relais médiatiques qu’il quittait les Diables rouges pour «  de nouvelles aventures ». C’est pourtant bien le Congo qui a mis fin à cette collaboration entamée le 5 décembre 2013, avec le soutien des cadres du vestiaire qui avaient milité pour son départ.

Un bilan comptable positif

Sur cette période, les Diables rouges et les Diablotins, les deux équipes confiées à Claude Le Roy, auront disputé 32 matchs : 22 pour les A (12 victoires-en comptabilisant le tapis vert face au Rwanda, 3 nuls et 7 défaites) et 10 pour les U23 (5 défaites, 2 nuls et 3 succès). Chez les A, on dénombre 34 buts marqués (sans compter le 3-0 sur tapis vert), soit une moyenne de 1, 5 but par match, pour 28 encaissés, soit 1, 3 par rencontre. Les Diablotins ont fait moins bien avec 7 buts marqués et 10 encaissés lors de leurs dix sorties. Au total, le bilan comptable de Claude Le Roy est de 15 succès, 5 nuls et 12 défaites (dont 4 amicales), ce qui reste positif sans être transcendant. Le football n’étant pas qu’une histoire de chiffres, mais avant tout un jeu, quelle est l’empreinte laissée par le technicien français ?

Avec Bifouma-Doré, le Congo se trouve une arme fatale

Après des débuts balbutiants face à la Namibie et le Rwanda (disputés hors date Fifa), le champion d’Afrique 1988 a su décrocher Fodé Doré du rôle d’attaquant de pointe dans lequel il ne s’épanouissait pas et a surfé sur une complicité aussi spontanée qu’évidente entre ce dernier et Bifouma pour doter les Diables rouges d’une arme fatale (18 buts à eux deux). Avec ce tandem, l’équipe de Le Roy va briller hors de ses bases avec des succès marquants à Calabar, lors la campagne équato-guinéenne et plus tard sur les terrains de Bissau et d’Addis Abeba.

Les Diables rouges voyagent bien, mais calent à domicile

A domicile, l’essentiel est fait face aux « modestes » Brave Warriors, Amavubis ou Crocodiles du Nil. Mais quand des cadors se présentent, c’est la déception (Afrique du Sud, Nigeria, voir Ghana en amical) qui ponctue les matchs (paradoxalement, le Congo avait livré l’une de ses meilleures mi-temps face au Nigeria, à Pointe-Noire). L’équipe de Claude Le Roy terminera d’ailleurs les éliminatoires par un historique bilan de 7 points pris à l’extérieur pour seulement 3 à domicile. Suffisant toutefois pour retrouver la Coupe d’Afrique des nations après 15 ans d’absence.

Un schéma de jeu rigide et des changements poste pour poste

Rapidement, Claude Le Roy va ériger son équipe autour de ses deux duos « forts » : Bifouma-Doré et Ndinga-Oniangué (le premier étant plus compétitif que le second). C’est donc avec un presque immuable 4-4-2 que fonctionneront les Diables rouges. Et lorsque Claude Le Roy se passe d’excentrés de métier (Kimbaloula, Delarge, Loemba, Mankiesse), il n’hésite pas à y mettre, avec plus ou moins de réussite, des latéraux (N’Ganga et Bouka Moutou) ou des axiaux (Gandzé, Litsingui). Mais c’est surtout au cours des matchs que le sélectionneur a montré ses limites tactiques avec, souvent, des changements poste pour poste. Peu de coups de génie à ce niveau, bien que la réussite soit parfois au rendez-vous, à l’image de l’entrée gagnante de Binguila en Ethiopie.

Une équipe qui marque beaucoup…

Sur leurs 22 matchs, les Diables rouges A ont marqué au minimum un but à 17 reprises, prouvant que le secteur offensif, qui fut longtemps leur talon d’Achille (5 buts marqués lors de la campagne éliminatoires CAN 2012, 18 en 17 matchs sous la direction de Wallemme puis Djabbour) était à nouveau fonctionnel. Face à la Namibie, au Nigeria, à Bissau et à Addis Abeba, les Diables rouges ont d’ailleurs affolé les tableaux d’affichage avec plus de trois buts.  Avec Claude Le Roy, le Congo marque souvent, est attractif, mais manque de maitrise.

…et encaisse presque autant

Car si le Congo de Claude Le Roy fait trembler les filets adverses, il encaisse aussi beaucoup, surtout depuis l’élimination en quart de finale de la CAN 2015 : ce match à l’issue dramatique annonce la couleur avec quatre buts encaissés en 25 minutes. Dès lors, le secteur défensif a craqué à chaque rencontre (13 buts encaissés lors des 15 matchs précédents le match RDC-Congo  contre 15 encaissés en 7 matchs, quart de finale de la CAN inclus).

Un objectif sur trois atteint, mais une belle remontée au classement Fifa

Sur les trois objectifs qui lui étaient assignés, Claude Le Roy en a atteint un, le plus prestigieux : la qualification pour la CAN 2015. Certes, il a bénéficié du tapis vert face au Rwanda, mais en contribuant au retour du Congo sur la scène continental, il a rendu sa fierté au football congolais. Aux Jeux africains, il a échoué malgré la présence de plusieurs internationaux A et d’une préparation conséquente. Idem pour la qualification pour la CAN U23, avec, il est vrai, un tirage difficile. A son crédit, le Congo a intégré de façon durable le Top 50 du classement Fifa (48e au classement de décembre, ce qui est le meilleur rang atteint par les Diables rouges). Certes aléatoire (en octobre 2007, le Congo d’Ivica Todorov était classé 57e sans pour autant s’être qualifié pour la CAN), ce classement n’est pas seulement honorifique, puisqu’il permet d’être mieux placé dans les tirages au sort de la CAF et d’éviter les premiers tours préliminaires.

Congo-RDC, la fin de l’idylle

Depuis l’élimination en quart de finale de la CAN, et malgré une compétition réussie en Guinée équatoriale, la situation s’est détériorée. Globalement, la faiblesse défensive post-CAN est imputable aux choix de Claude Le Roy. Alors qu’il avait mené la campagne des éliminatoires 2015 avec une défense composée de Moubio (5 matchs éliminatoires), N’Ganga (3 +2 comme milieu gauche/), Bissiki (4), Igor Nganga (4), Babélé (2), Bouka Moutou (1+ 3 comme milieu gauche) et Baudry (2), il modifie sa défense durant la CAN (Nganga sur le banc, Babélé et Bissiki titulaires): seulement deux buts en 3 matchs de poules, mais 4 en 25 minutes face à la RDC. Alors que la défense est aux abois, à Bata, il n’effectue aucun changement dans ce secteur. Plus tard, il mettra cet échec sur le compte de l’euphorie de ses joueurs (« Ce jour-là, je voyais mes joueurs déjà en train de danser croyant que la qualification était acquise », Diaspora News, le 9 octobre 2015). Soulignons toutefois sa décision avisée de lancer, contre la Guinée équatoriale, un jeune gardien de 20 ans: Christoffer Mafoumbi.

Des choix contestables…

Au retour de la CAN, les choix de Claude Le Roy, qui annonce son départ au groupe avant de se rétracter, semblent de plus en plus confus : plusieurs joueurs n’évoluent pas à leur poste initial (Babélé, Obassi, Bouka Moutou) et les critères de sélection (forme du moment, temps de jeu en club) sont illisibles. C’est donc dans un contexte tendu que le Congo accueille le Kenya à Owando en juin: forfaits en cascade et choix douteux accouchent d’un match nul poussif. Dans le vestiaire, les insultes fusent, selon plusieurs témoins, à l’encontre des joueurs, du staff et du Congo.

…et contestés…

Vraisemblablement obnubilé par son étiquette de dénicheur de talents, qu’il revendique dans ses interviews, Claude Le Roy lance les jeunes Avounou, Ndockyt ou Mbaka, avec plus ou moins de réussite, mais snobe un Massengo, au registre plus athlétique. Cela amplifie le déséquilibre d’une équipe capable de marquer 4 buts à Bissau et Addis Abeba, mais encore trop friable défensivement. Si le désormais ex-sélectionneur a le mérite de donner leur chance aux joueurs locaux, pourtant handicapés par un championnat à l’arrêt depuis fin mai, il ferme la porte à plusieurs joueurs de la diaspora, pourtant compétitifs (Delarge, Loemba, Itoua, Igor Nganga, Lépicier,…), ce qui exaspère les cadres du groupe. Lors des derniers mois, les tensions se sont multipliées avec plusieurs joueurs (Ndinga, Ondama, Moubio, N’Ganga et même Bifouma que Le Roy voulait écarter à Bissau!!!) mais aussi des membres du staff, exaspérés par ses sautes d’humeur.

…qui finissent par creuser un fossé avec l’équipe

Dans ses interviews, Claude Le Roy répète souvent qu’il préfère mourir avec ses idées que de vivre avec celles des autres. Il l’a prouvé au Congo, et parfois au détriment de l’équipe. Homme de médias autant que de terrain, fin communicant lorsqu’il s’agit de faire son autopromotion, « le Sorcier Blanc » s’est pourtant et progressivement coupé d’une partie de son vestiaire, de ses soutiens au ministère, de la Fécofoot et d’une partie du public, lassés de ne jamais avoir d’explications sur ses choix tactiques et humains et de se heurter au mur de sa suffisance.

Les Diables rouges n’ont pas bénéficié de ses réseaux supposés

Parmi les autres reproches adressés au sélectionneur, on note aussi qu’il passait peu de temps au Congo, malgré son engagement à y vivre, sans pour autant, d’après les joueurs eux-mêmes, se déplacer pour voir les joueurs de la diaspora. Les joueurs congolais peuvent aussi regretter, après deux ans de collaboration, de ne pas avoir profité des réseaux supposés de Claude Le Roy pour signer dans des clubs qui leur auraient permis de poursuivre leur progression.

Et son nom prestigieux n’a attiré aucun nouveau joueur

Au niveau de la détection, le technicien s’est appuyé sur le travail de repérage et de lobbying de son staff et du ministère des Sports (Bifouma, Baudry, Mbaka,..), mais aurait dû et pu faire mieux. Las, c’est tardivement et sans résultat qu’il a sondé Iloki et Bahamboula, tandis qu’il n’a jamais entrepris la moindre démarche pour Zanzala, Pambou ou Miangué… Et s’il s’attribue, à tort, l’arrivée de Bifouma, c’est peut-être pour cacher ses échecs dans les dossiers Brice Samba junior, Steven Nzonzi ou Christopher Maboulou.

A l’heure de dresser le bilan de cette collaboration, on peut donc estimer que la venue de Claude Le Roy était une bonne décision. Mais plus encore, il convient de saluer celle de ne pas avoir reconduit son contrat. D’ores et déjà, la page est tournée et désormais la priorité sera de bien choisir son successeur pour que les Diables rouges se qualifient pour la CAN 2017.

Les matches de Claude Le Roy : 32 matches joués, 15 victoires, 12 défaites et 5 nuls

Matches amicaux

Congo – Al Ahli :  0-1

Cap Vert – Congo : 3-2 (Bifouma et Oniangué)

Maroc A’- Congo U23: 2-0

Congo – Ghana : 2-3 (Baudry et Binguila)

Congo – Bénin : 2-1 (Bifouma x 2)

Tours préliminaires des éliminatoires CAN 2015

Namibie – Congo 1-0

Congo – Namibie : 3-0 (Ganvoula, Doré et Douniama)

Congo – Rwanda :  2-0 (Gandzé et Doré)

Rwanda – Congo : 2-0 (4-3 aux tirs au but puis 0-3 sur tapis vert)

Eliminatoires CAN 2015

Nigeria – Congo : 2-3 (Bifouma x 2 et Oniangué)

Congo – Soudan : 2-0 (Doré et Oniangué)

Congo-Afrique du Sud : 0-2

Afrique du Sud – Congo : 0-0

Congo-Nigeria : 0-2

Soudan – Congo : 0-1 (N’Ganga)

CAN 2015

Guinée équatoriale – Congo: 1-1 (Bifouma)

Gabon – Congo : 0-1 (Oniangué)

Congo – Burkina : 2-1 (Bifouma et Ondama)

RDC – Congo : 4-2 (Doré et Bifouma)

Eliminatoires CAN 2017

Congo – Kenya : 1-1  (Oniangué)

Guinée Bissau – Congo : 2-4 (Doré x 4)

Eliminatoires Mondial 2018 

Ethiopie – Congo : 3-4 (Bifouma, Ondama, Ndinga et Binguila)

Congo – Ethiopie : 2-1 (N’Ganga et Bifouma)

Eliminatoires CAN U23

Ghana – Congo : 1-0

Congo – Ghana : 1-0 (4-5 aux tab) (Ganvoula)

Nigeria – Congo : 2-1 (Nkounkou)

Congo – Nigeria : 0-0

Jeux africains

Congo – Soudan : 2-1 (Bidimbou x 2)

Burkina – Congo : 1-2 (Makiessé et Somda contre son camp)

Congo – Zimbabwe : 0-1

Congo – Sénégal : 1-3 (Ndockyt)

Congo – Nigeria : 0-0 (3-5 aux tab)

 

 

 

 

 

Camille Delourme

 

 

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